- Mamzelle: Oh c'est rigolo ici!
- Loubard: Qui est Perfect Plank ?
- Perfect-plank: qui est loubard ?
- Loubard: Un as de pique coiffé comme un colle et gramme. Non mais c'est curieux de se retrouver en lien ici. La curiosité m'a poussé à savoir qui tu peux être. Toc.
- Perfect-plank: Je vagabondais de lien en lien...en un saut de puce je me suis retrouvée chez toi - parfois jouer à saute mouton provoque de curieux hasards. «Même les rencontres de hasard sont dues à des liens noués dans des vies antérieures.» (H. Murakami, Kafka sur le rivage)
- eyesky: sympa... pas toujours drôle mais bien écrit...
- Eyesky: tout le monde peut faire des erreurs... donner ce qu'il croyait être juste mais en se trompant... il n'a pas eu le bon comportement, mais ce n'est pas tout à fait lui... il aime avec de la légèreté et je veux te surprendre à chaque instant, oui à ton âge tu le mérites...
- Perfect-plank: - Alors, t’es amoureuse ? T’es pas obligée de répondre, c’est juste une question.
- J’ai personne dans mon lit si c’est ce que tu veux savoir... Enfin, personne que je n’puisse changer avec les draps. Il est footballeur, il s’appelle Sergueï Nimovnemovitch.. . Enfin s’appelait je l’ai largué ce matin.
- Comment t’as pu sortir avec un mec qui a un nom à coucher dehors ?
- Bah justement j’en avait marre de coucher dehors.- Et depuis ce matin, rien d’autre ?- A part Sergeï ? Euh... Greg son copain, Jérôme son père, un François, deux trois Kévin, le prince de Cendrillon, les droïdes de la guerre des étoiles enfin tu vois rien de bien sérieux. Un cœur à prendre. - LiliLou: J'ai rattrapé mon retard de ta p'tite vie flanesque. Bizous =)
- sojac: hé ben j'aime bien chez toi aussi, figure toi.
- moi: jeux d'enfants de Yann Samuel, 2003
- LiliLou: Bah merde, j'm'absente à peine, quoi.
- Novembre 2009: 5 articles
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C’était une pause et c’était presque au-delà du temps, échappant à l’emprise de la seconde qui s’écoule.
Le retour at home comme on dit, le retour c’est comme revenir à la vie et ressortir de la terre. Y’a pas de chauffage ni d’eau chaude, ni de quoi cuisiner d’ailleurs, alors on se serre pour se tenir chaud. C’est l’ami d’enfance qu’est arrivé en même temps que moi, juste pour cette nuit, juste pour une nuit. Je sentais bien qu’il aurait voulu coller plus fort son corps au mien, mais j’étais pas très sûre que ça soit une bonne idée. Alors y’avait juste ses bras autour de moi, délicieusement rassurants, ses bras qui me plaquaient contre lui, même si je lui tournais le dos, même si. J’avouerai jamais que c’était doux, que c’était ce dont j’avais envie, non, jamais. J’sais bien que tout redeviendrait compliqué, j’sais bien qu’on était qu’une idylle de gosses et qu’on doit pas remettre ça après toutes ces années.
J’sais bien pourtant qu’il m’aimerait comme on adorait les idoles, j’sais bien. Mais on s’est déjà détruits l’un et l’autre, chacun son tour, comme un cercle vicieux. J’veux plus faire de mal, et pourtant j’ai cette terrible et irrépressible envie de jouer, tu vois.
Mon voisin même si j’lui dis tu et qu’on s’envoie des mots comme on se lancerait des œillades, quand j’le croise on se dit qu’à peine bonjour, c’est étrange. J’me vois jamais construire avec lui, mais y’a ce jeu là qui m’excite énormément, c’est rien qu’un jeu et moi j’ai rien à perdre ; j’suis pas sûre qu’il ait pris conscience des risques à s’avancer comme ça, des risques à s’approcher de moi de cette façon. C’est parti, là, tout commence mec. Et t'auras beau jouer à la distance, j'pense bien que j'pars avec un bon temps d'avance, juste parce que je sais que c'est moi qui gagne, à la fin.
Il m’écrit j’espère que t’es pas là ce week end, et j'sais pas pourquoi. Et aux sons entendus, j’me demande si c’est juste parce qu’il avait prévu de baiser sa femme ; mais après tout, jsuis vraiment pas sûre que ça soit lui, empilé là au-dessus. Et puis si c’est le cas, c’est peut être moi la voisine qui jouit trop fort.
J’ai même testé un site de rencontre en ligne, c’est dire mon désarroi. Ouais, ça craint hein. J’ai lâché l’affaire au moment où c’est un type que je connais qui a voulu me séduire, parce que sérieusement, ‘faut quand même pas exagérer. Résultat, j’ai passé quelques heures inscrite au supermarché du looser, j’crois bien que j’préfèrerais inviter le premier type croisé dans la rue qu’un de ceux là.
J’m’emmerde, et j’sais maintenant que j’suis gerbante, en plus de tout le reste ; approche donc que j’te file la nausée, viens plus près que t’attrapes au moins un haut le cœur… Pourtant j’lui ai juste écrit du temps, la course à l’instant, j’lui ai juste filé mes supers lunettes à filtrer le quotidien. A croire que j’les ai perdues quelque part à l’entresol, vu mon week end de merde.
Allez mec, là j’ai encore le droit de dire tu crains. Tu crains bordel, avec ton coït hebdomadaire à 20h40 le samedi. Et même si c’était pas toi, et même si j'me fais des idées, j’m’en branle, moi j’aurais voulu que ça soit moi. Je voudrais chuchoter que j’ai envie de baiser et pouvoir crier que c’est bon, bordel. Ca m’ferait marrer de te déstabiliser encore, tu vois, j’me sens d’humeur chienne, j’veux juste me sentir désirée, quitte à être salope ; j’ai besoin d’un retour au réel là, de m’arrimer au plus que tangible d’un sexe prêt à m’ouvrir.
Si j’dors encore avec mon ours en peluche dans les bras, c’est parce qu’il est ce qui reste pour m’ancrer la chair à la vie qui passe ; mais j’voudrais juste emboiter parfaitement mon corps contre un autre, vous savez, ce truc de sentir qu’il y a au moins un cœur qui bat quelque part, même si j’suis plus très sûre que ça soit le mien.
Il me dit c’est une première fois. Alors jsais pas bien si j’ai pris un café avec mon voisin ou bien avec le peintre. J’lui ai pourtant dit, ça, c’est toi qui vois ; mais j’pense qu’il a pas mal cultivé l’ambiguïté, pour le coup. Allez, déconne, je ne suis pas complètement sûre que c’était juste un pot de fin de chantier, même si j’trouve ça so cute d’avoir essayé. C’est le rire, tu sais. Le rire du début, ça t’a trahi. Un peu. Ton malaise dans cette situation.
C’est dommage, moi j’aime bien le vous. Ca a un charme désuet. Et puis c’est doux l’intervalle, entre cette fausse distance et ce qu’on dit. Ca donne un peu d’épaisseur, comme une grosse boule cotonneuse où se lover quand on ne sait plus bien où on met les pieds.
Pour tout dire, j’sais pas vraiment là, justement, où j’mets les pieds. Je veux bien m’arrêter si tu veux bien t’approcher, tu sais. Parce qu’au bout du compte, on se sent bien. Mais moi j’ai tendance à plonger pour voir un peu plus loin, tu vois. Dis, est ce que c’est oui, non ou encore ? moi j’dirais, encore. J’voudrais savoir si tu rêves aussi. Si tu dors, si t’embrasses aussi. Parce qu’on peut parler de la voisine qui jouit très fort, mais moi, j’crois que je voudrais bien, aussi. Quitte à en être impudique. Quitte à être gênante. Alors voilà.
Si tu veux vraiment tout savoir, moi j’ai accepté un café avec un homme séduisant. Au-delà de toute autre considération. Alors tu me dis j’ai l’impression d’être avec mon beau fils, et j’sais pas bien comment je dois le prendre. Tu m’as demandé mon mél. Je te demande pourquoi et tu me réponds pour t’envoyer de la musique, dans un premier temps. Moi ce qui me tente, c’est de connaître le second temps. Même si j’ai dit qu’il faut le prendre, le temps. Pour le coup, moi j’pensais surtout à prendre du bon temps.
Je sais. Pas sortable. Et alors ?
J’ai envie de te dire au moins, envoie moi chier clairement
quoi. J’sais pas, sois juste un peu correct. Oui, c'est juste une histoire de correction. J'suis peut être un peu salope, mais j'ai toujours un minimum de correction. J'pense que c'est une question de classe, un peu. Ou p't'être de respect pour la personne en face. En fait, tu me fais un peu marrer. J'pense que t'as tellement l'habitude... Ouais. Moi aussi. Juste que toi on t'a pas fait bouffer du prince charmant à tous les repas quand t'étais tout gosse.
Ca rime à quoi ça, de laisser les choses en suspens ?
tu crois que tu peux me laisser comme ça sans un mot, et que d’un seul coup
quand tu te seras décidé je te sauterai dessus. Bon ok, effectivement c’est
probable. Clairement. Mais objectivement, rationnellement ça devrait pas se passer comme
ça. Jamais. C'est trop facile.
Allez voilà, jsuis fixée. En fait, jme suis juste épilée
pour rien. Non mais, quitte à être une vraie fille, autant l’être jusqu’au
bout. Et puis j'ai changé les draps aussi, jtrouvais ça plus respectueux. Oui parce que bon, passer après deux ou trois indéterminés, c'est quand même assez désagréable.
Il me dit t’es flippante avec tes messages, j’préfère pas te voir du tout. Moi j’pense juste que quand jdis quelque chose, je le fais. Et du coup je regarde une comédie romantique à la con, sauf que là, son mec il est mort. J'suis à deux doigts de prendre le pot de nutella à la cuiller, mais faut quand même pas déconner, c'est pas non plus un cas extrême.
Juste la naïveté qui en prend encore un coup. Juste que, comme dirait mon voisin, un chien c'est mieux qu'un mec. Bah ouais, il peut pas me contredire. Ni critiquer. Ni rien d'autre. Il est doux et il veut toujours des câlins. Pour le sexe, j'peux toujours aller sonner à la porte d'à côté, j'ai moyen de trouver preneur.
Désolée, les mots ça fait souvent cet effet là. C'est que t'es pas un gars pour moi, parce que je sais pas communiquer autrement. C'est dommage, parce que jsuis sûre qu'on aurait pu les faire crever d'envie. Entre ta gueule d'ange et mes sourires pas toujours vrais. Enfin. P't'être qu'un jour, on s'passera pas à côté. Ou bien on se frôlera sans désir.
Move on.
J’voudrais lui dire que jsuis pas une fille insistante mais que je cherche juste à me protéger, parce que je sais qu’il est de l’ordre de ceux qui me font m’écorcher les genoux. A trop me trainer derrière eux sur le bitume. A m’éclater la tête sur les pavés juste pour que ça cesse.
J’voudrais lui dire que j’ai pas envie qu’il se prenne la tête, moi non plus jsais pas ce que je veux, qu’est ce que tu crois. J’sais juste qu’entre ses bras je trouve un peu de paix, et que j’en veux encore et encore. J’me fous pas mal du reste, des modalités rationnelles et concrètes, j’m’en fous. J’veux juste plus d’une course poursuite, non, vraiment, là jsuis fatiguée d’avoir trop couru, jveux juste une oasis de tendresse où me retirer le temps qu’on m’oublie.
Merde mec, tu crains. Tu peux pas me dire j’voudrais qu’on se revoie et puis balayer toutes les possibilités de rencontre d’un revers de main. J’m’attends tellement pas à ce qu’on me dise je voudrais te revoir que quand ces mots se glissent au creux de moi, je ne les lâche plus. Quelle que soit la suite. Parce que moi, quand j’vous dis que ma mémoire est sélective, bah moi j’retiens juste le sourire de quand il est entré, et la chaleur qui m’a envahi le ventre à ce moment là. J’retiens ça et puis je retiens la nuit qu’on a passé, même si j’avais encore trop bu, et j’retiens le petit matin qui ressemblait trop à une tendresse de plus.
Alors même si tu m’balades depuis ce ptit dej là, bah moi, j’attends
juste que tu m’appelles. J’fais plus rien d’autre, jfais la cuisine mais j’bouffe
même pas, alors jsors le chien. P’t’être bien que je te croiserai par hasard.
En fait tu m’as mise sur pause là, j’attends juste un mot. Parce que j’pense
que ton silence jle comprends plus que bien. Ce moment là où tu sais pas bien,
où tu veux aller, ce que t’es prêt à donner ; où tu te dis mais jveux pas
passer à côté mais jsuis pas sûr de vouloir me risquer encore. Ouais. J’pense
bien que ton silence il comprend tout ça et sans doute bien plus. Parce qu’en
fait, jconnais rien de toi. J’sais pas où t’en es dans ta vie, j’en sais rien.
Mais jsuis pas du genre à briser les silences, moi. Même si j’pense que t’as le
droit de les partager avec moi, tes questions. T’as le droit de venir conjuguer
du silence avec moi, j’aime bien son épaisseur. Parce que tu vois, pour moi,
avant tout le reste, y’a juste ça. Cette proximité. Et p’t’être que j’attends
rien de plus que ça, en fait.
Il m’appelle en me disant, ‘hey you’, et j’sais pas pourquoi j’trouve ça tendre. En fait. J’ai eu son visage qui tournait derrière mes yeux, derrière le sourire de quand j’me promène en ville juste pour passer le temps.
Y’a des travaux chez moi et j’suis maniaque, et mon ordre est mis à mal. Y’a de la poussière, et ces odeurs qui me vrillent le crâne.
Peut être bien que je trouve ça tendre juste parce que j’ai pas l’habitude.
Mais quand il me dit, non, ce soir j’vais pas pouvoir venir, jsuis désolé. Allez mec, c’est depuis presque trop de jours déjà que tu dis ça. Alors j’me demande, tu vois, j’paranoiaque à mort parce que l’homme invisible, j’ai déjà donné. Et j’veux pas revivre ça.
Vous savez quoi, mon voisin, le sexy, celui qui fait les travaux. Il m’a invitée à aller boire un café. Enfin son fils est d’abord tombé malade et il était en train de perdre ses moyens, et il m’a dit, vous voyez j’pensais finir ça et avoir le temps de vous inviter à prendre un café, et puis finalement rien ne se passe comme je l’avais prévu.
J’sais pas bien ce qu’il mijote, mais j’trouve ça mignon.
Et puis merde, aussi. Le voilà qui annule encore, ce soir.
Il me dit là jsais pas jsuis saoulé et jsais pas ce que je veux. Merde, ça
craint.
Life sucks.
J’ai peur de poser des mots et que tout s’échappe. J’lui ai balancé pas mal de trucs. Ouais. J’lui ai filé du lourd là. Et j’lui ai dit tu sais, si j’fuis tout le temps, c’est parce que c’est plus facile. Que de dire. Que de laisser les gens partir.
Il m’a dit mais voilà, tu m’as parlé là, tu m’as dit tout ça et regarde, j’suis là. J’suis toujours là. Et j’ai pas envie de partir. J’ai pas envie de te lâcher la main.
Waw. Quand je dis que c’est la maison du bonheur, ben j’crois que j’me trompe pas trop. En fait j’l’ai vu entrer. Et j’ai même rien pensé, juste senti que, ouais, rien que sa présence, c’était plus que rassurant.
Et c’était normal qu’on s’entremêle. Qu’on scotche nos lèvres. Qu’on s’inquiète d’où l’autre a pu disparaitre. J’sais pas bien comment faire. Pour ne pas perdre. Pour ne pas fuir. Pour ne pas avoir peur. J’suis pas bien formée pour les coups de chance moi. Mais je sais que ça là, ça je ne veux pas le gâcher.
J’ai ouvert les vannes. J’ai parlé, j’ai pleuré. J’ai dit comme j’écris, un peu. Quand je dis que j’ai envoyé du gros, j’mens pas. Pas une seule seconde. Et j’me sens pas vraiment mal à l’aise. J’veux dire, voilà, j’me reconnaissais pas là. J’lui ai sauté dans les bras en le couvrant de baisers, juste pour profiter encore un peu. J’lui ai dit j’veux pas que tu partes.
Y’avait ses mains qui glissaient dans mon dos, juste au passage.
Y’avait l’avidité de nos bouches qui se cherchaient, sans arrêt.
J’ai caressé chaque détail de son visage, ses yeux, ses lèvres, je l’ai regardé et touché et senti, et j’avais seulement envie de lui dire tu. Tu es là. Tu es bien là. Et mon oxygène c’est ton apaisement. Voilà.
Et il est toujours là. Malgré cette première fois là, ce truc qu’il y avait déjà eu et dont je ne me souviens pas la fin. Il est toujours là. Et il dit j’voudrais bien voir chez toi.
J’lui envoie des bisous il me répond partout.
Alors d’accord. Juste, d’accord. Parce que là, là j’ai baissé ma garde. Et j’me sens vulnérable.
Ouais, le voilà, mon supplément d’humanité. Et j’crois que j’pourrais bien être capable de le payer encore, si c’est parce que lui.
J’voudrais m’égarer contre sa peau. J’voudrais me perdre en conjectures. Aller acheter des dessous sexy ou juste en essayer des tonnes, comme un déguisement, avec un hypothétique lui. Hypothétique, putain, mais jsais rien faire d’autre que la fuite, alors c’est quand même pas gagné d’avance.
Bien sûr, bien sûr que j’pars en couille. Tu penses que tu m’apprends quelque chose là ? Ouais, merci. Merci, mais tu savais bien que ça finirait comme ça. Tu le savais bien, ce jour là comme tous les précédents. Tu m’connais bien, alors tu peux pas faire le gars surpris. C’est pas un reproche hein, jsais bien que toi tu t’offrais.
J’me rappelle. Tu sais, c’est carrément plus facile de s’offrir que d’être celui qui reçoit. Moi j’panique. Quand on place son destin entre mes mains. Quand on m’dit voilà, maintenant, j’m’en remets à toi. Quand on me place direct dans la situation où on est tout l’un pour l’autre, ou plutôt le « t’es tout pour moi ». Ca m’fait flipper, jpeux pas. J’peux pas être tout pour quelqu’un, t’as vu ma gueule, c’est pas possible.
Y’a mon frère qui m’dit alors soeurette, ta vie sentimentale, toujours aussi dissolue ? J’pense bien que lui comme moi on est bien mal partis, côté stabilité. A croire que notre lieu commun à nous, c’est le cul. Parce que c’est clair qu’on est pareils, là pour le coup. A chercher des langues où s’emmêler, des bras pour s’ancrer la chair au réel. Ou p’t’être que je me trompe. Qu’on est juste deux pommés qui errent entre les corps qui agrémentent nos vies.
Jsais bien que ça se fait pas de dire que vous ne faites qu’agrémenter nos vies. Mais c’est quand même un peu ça. J’veux dire, à part le plaisir, jsais pas bien ce qu’il y a de plus. Alors si, bien sûr, y’a un peu de partage, parce que lui comme moi on est des généreux. Naïfs, généreux, toujours cœurs d’artichaut. Mais j’sais qu’il est bien plus gentil que moi, quoi que. En fait, jcrois qu’il me faudrait un mec comme lui. Objectivement hein. Il est plutôt beau gosse, un peu drôle, toujours juste. Il aime les bonnes choses. Assez brillant dans son genre. Même s’il me dit moi j’y comprends rien quand tu me parles espaces publics ou lieux communs et que même, ça l’intéresse pas une seconde. Et j’aime bien quand il me balance ça dans la gueule. Quand il me dit mais qu’est ce que tu t’emmerdes avec ça, moi j’apprends à sauver des vies. Alors jsouris, et jme dis ouais, moi j’apprends à les rendre vivables.
Oui. Il me dit merde t’as quand même fini chez ton voisin. Bah ouais. Même que j’ai fumé des clopes sur le pas de la porte. Et toi tu prends des douches et tu galoches la même nana à chaque fois alors que ta copine arrive le week end prochain. A tout prendre, jsais pas ce que je préfère. T’as l’avantage d’avoir le choix. Moi j’pense que je préfère pas, parce que c’est toujours… J’sais pas donner à moitié. Alors c’est tout, tout de suite. Et après, c’est difficile de comprendre que jsois pas capable de me projeter plus loin. Ou l’inverse. Enfin j’connais pas la demie mesure, alors que lui il est tout en compromis. J’l’aime fort, j’sais qu’il sera là, tout le temps. Même si on se donnera jamais de preuve d’affection, jamais de signe visible d’attachement. Mais ça, c’est un truc familial. Y’a que la ptite qui nous remue avec ça. A nous sauter dans les bras quand elle nous voit. Même si maintenant c’est son côté ado rebelle qui prend le dessus, elle elle dit les choses. Et jsais jamais trop comment réagir à ça.
J'saurai jamais, jcrois, réagir à ces preuves là. J'suis pas démonstrative, si j'veux rester sincère.
Putain. Quel bel enfoiré. Quel magnifique salop. Ouais.
Parce que là, j’allais encore écrire j’ai le corps vide. J’viens d’lire suspendu à la rue, résurrection ou réincarnation ? Et j’ai juste envie de répondre j’espère que rien. Parce que celui qui se coltinerait mon vide intérieur, il serait mal parti dans la vie. Et contre toute attente, jsuis pas méchante, alors j’souhaite ça à personne.
J’ai le corps vide. J’me demande si c’est pour ça. Ce « rapport de séduction permanent », qu’ils me disent. Y’a quand même un truc drôle, c’est que j’ai reçu des excuses pour lundi. Mais j’sais pas pourquoi des excuses. Enfin, pas venant de lui quoi. J’pense qu’il a du me dire deux trois vérités bien senties et que j’l’ai envoyé chier, parce qu’il est quand même loin du compte. C’est mignon, les excuses, mais c’est quand même moche. Surtout que j’avais déjà oublié.
J’dois parler lieux communs. Parlons-en alors. J’ai bien du mal à penser qu’il y ait réellement quelque chose qu’on partage tous. Cette sorte de culture commune qu’on aurait rien qu’en naissant ici plutôt que là. Et puis j’sais bien que mes lieux communs sont pas les vôtres, sont pas les leurs. Et pourtant.
Ouais j’sais bien qu’il s’agit d’espace. Merde c’est sensé être mon job de parler d’espace. Alors l’espace commun. Mais moi, j’préfère le lieu. Parce que le lieu, c’est déjà dans la mémoire. Alors que l’espace, c’est neutre, c’est vague, c’est moche. Quand ça devient un lieu, là, ça commence à être intéressant. Enfin, on m’demande quand même pas mon avis. J’suis sensée être objective aussi. Ne pas dire moi j’pense que. Et pourtant, ça veut dire quoi dire d’après machin. Moi j’parle d’après moi. J’réinvente la recherche empirique, par l’expérience. Et en premier, bah y’a la mienne, d’expérience.
Mais j’digresse, là.
J’parlais d’mon vide. Des personnages qui l’habitent. Ses personnages à lui, j’les aime. J’me demande s’ils habitent pas un peu chez moi aussi. Enfin j’leur garde une place, j’allais dire au soleil, mais c’est pas vraiment ça. Disons au chaud, alors. Ouais, une place au chaud. Même si j’suis glaciale.
J’sais bien mimer les émotions. A tel point que de temps à autre, j’sais plus si c’est moi ou moi. Y’en a qu’un, un seul truc, c’est le désir. C’est trop moche de mimer le désir. Ca pue. Et puis ça permet de lâcher prise, même si j’baisse jamais complètement la garde. Quoi que. J’ai dormi la porte ouverte cette nuit. J’comprenais pas les aboiements du chien. En fait, c’était le chat qui rentrait sortait par la porte entrebaillée. Du coup ce matin, sont tous les deux morts ; pour une fois que j’suis debout avant eux.
Encore, j’arrive pas à poursuivre mes idées jusqu’à leur terme. P’t’être bien qu’elles devraient pas être accouchées et continuer de tourner. Ouais.
En tous cas, jdisais j’sais mimer. J’ai bien peur que sa Sharon n’ait jamais existé. Ou peut être juste un court instant. J’me reconnais pas dans ses mots, même si j’voudrais bien. J’m’aime bien en personnage de roman de gare. En tous cas bien joué mec, toi au moins tu prends plaisir avec la réalité devant toi. Moi je joue le plaisir jusqu’à m’en donner la nausée, jusqu’à la fuite, jusqu’à l’insoutenable. Tu sais le moment où tu te dis c’est pas possible, j’dois vraiment sonner trop faux, faut que j’me tire d’ici. Ou que tu te dis j’peux pas les embarquer dans mes illusoires. J’suis même pas sûre d’avoir encore peur, et pourtant j’préfèrerai ça. Ca voudrait dire quelque chose. Même si j’suis vivante. Même si.
J’avais le sourire collé au visage et les yeux plein de
gourmandises.
J’peux pas commencer tous mes articles par des vulgarités. Ouais. Faut que j’arrête avec les grossièretés. Surtout que je suis plutôt polie, dans la vraie vie. Bonjour monsieur, excusez moi de vous déranger. Oui, très bien, merci monsieur. Au revoir monsieur, à jeudi. Même si j’me demande si j’ai pas fini par le traiter de connard malgré tout, hier soir. Mais ça, c’est une autre histoire. On ne peut pas dire tu parles jamais, tu penses quoi toi, tu dis rien, et puis refuser. Enfin j’pense. On peut pas dire j’tiens à toi et ne pas être là. C’est tout. Au moins, me concernant, je sais ce que tu vaux.
Bon. J’peux pas. M’apitoyer encore sur ce qui a été. Sur ce que j’aurais voulu que ça soit. Sur les projections que je fais, parce que la mémoire est plus que sélective, elle transforme. Elle réinterprète. J’peux pas faire comme si ça avait été un pur bonheur, c’est pas vrai. Il m’a pas rendue heureuse. Alors j’ai rien à regretter ; même pas du temps, finalement. C’est vrai, j’suis pas sûre que j’avais mieux à faire, sur le moment. Alors. Voilà, et j’me suis jamais empêchée de regarder ailleurs, c’était dans le contrat. Un point final, oui, une fin, enfin, encore. Une fin minable comme ce qu’a été cette histoire. Une fin violente, comme nous. Et ça me convient, je crois. J’vais me satisfaire de ça, maintenant. Et ne t’avises jamais de revenir. Jamais. Parce que ça, j’te le ferais quand même payer. Même si tu m’ressors le coup de la pub pour du fromage. J’croiserai bien quelqu’un d’autre pour partager mes bouteilles de pomerol.
Ouais, jsuis une fille qui craint du boudin. Mais ça, les gens sont sensés être au courant. Quoi que. Enfin, je veux dire, ici. Ici, les gens sont au courant.
J’me rappelle pas de tout. J’pense bien qu’effectivement, j’lui ai parlé à lui aussi. Qu’il m’a dit échec meuf, cette fois tu m’briseras pas. Il a eu raison. Ouais. Sourire. Décidément, il manquera jamais de ressources, le garçon.
En fait, j’me sens vivante. Même si j’sais déjà qu’on la reverra pas souvent, la meuf qui dit jvais mal. Même si j’sais que j’la laisserais plus jamais montrer le bout de son nez. Tu vois, me mettre à poil j’ai l’habitude. J’m’en fous qu’on me voie nue, ça m’est égal, t’façon après ce qu’il a fait de mon putain de corps, y’a plus grand-chose qui m’touche. Mais ça, là, ça pour moi, c’était comme si j’m’étais ouvert le ventre pour te montrer les tripes à l’intérieur. Et j’ai du mal à soutenir ton regard, là. Parce que j’t’ai parlé comme j’écris. Pour la première fois j’ai parlé comme j’écris. Quand j’disais c’est la fin de quelque chose. Merde, j’viens de perdre ma virginité de parole. Et j’suis pas sûre d’avoir aimé, tu vois. C’est comme la première fois que tu t’réveilles à côté d’un parfait inconnu, tu vois. Et que tu sais pas bien comment gérer la suite.
Merde, j’l’ai kiffé, le réveil. J’ai dépassé bon nombre de blocages, là. J’ai même plus peur, jveux dire, ouais, y’a eu sa violence à lui qui m’avait laissée cassée éparpillée. Et après, l’impossibilité de prendre du plaisir. Pendant trop de temps. Tout ce temps pour rassembler les morceaux. J’pense bien que ça c’est dépassé. J’sais qu’il s’agit pas d’un choix entre m’regarder comme il l’a fait en me couvrant d’insultes, ou d’assumer le fait d’aimer le sexe. Non, c’est pas un choix. J’suis tout ça à la fois. Celle qui a été brisée et celle qui se reconstruit. Y’a pas une seule image qui soit la vraie, elles le sont toutes. C’est pas une question de choix. Juste de contrôle, de maîtrise, de lâcher prise.
Mais j’régule à mort. Ce que je dis, ce que je fais, le sourire perpétuel. Faut dire que c’est plutôt joli, comme défense. Enfin j’trouve. J’y comprends plus grand-chose. J’suis du genre chaotique. Et ambitieuse aussi, mais ça c’est encore une autre histoire. Ouais. Entre parenthèse j’crois que lui, il aura jamais les couilles ; juste pour être honnête hein. Mais j’le connais bien, j’crois. Malgré tout.
Alors j’disais, j’suis chaotique, bordélique. Même si j’suis
méthodique et organisée. J’suis obligée de remettre de l’ordre, de figer deux trois
trucs. On a toujours besoin de deux trois trucs fixes. Comme cette apparente
constance. Ouais, ma voisine elle dit j’suis un rayon de soleil, j’apporte
toujours la bonne humeur. Et j’pense que c’est mieux comme ça. Même si j'ai aucune idée de la suite. Même si ça
continue toujours de bouillir à l’intérieur, et qu’y a des endroits où ça
commence à pourrir.
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